Mercredi 26 septembre 2007
Le temps en inde :
 

Il est primordial d’abandonner les repères temporels occidentaux en Inde. Ici, le temps a une toute autre signification. cela est  surement due à de nombreux facteurs:  facteurs religieux (la théorie de la réincarnation n’incite pas toujours à courir partout), climatologique (pour la température, entre 30 et 40° pendant presque toute l’année, et pour la durée d’une journée, qui se termine à 19h), ou culturel…ce qui est certain, c'est que nous, occidentaux grands stressés de la vie, devons oublier la précipitation, les horaires fixes, et le stress lié au travail, pour pouvoir survivre en inde.

 Petite parenthèse : il existe un centre à Pune, construit par Osho,  grand maitre de la méditation, mais qui est maintenant managé par des occidentaux. Les consommateurs sont principalement des occidentaux fortunés qui se sont laissés submerger par leur poste professionnel à haute responsabilité, à tel point d’oublier leur raison d’être, leur équilibre intérieur…ils viennent donc chercher là bas la béatitude, tout en essayant de donner sens à leur vie. On les repère de loin à Koregon Park, étant donné qu’ils portent une tunique unique violette qui laisse apparaître une tête d’inspiré ou d’ahuri, c’est selon chacun. (PS : un test VIH est nécessaire pour y entrer afin de profiter pleinement des plaisirs du karma en toute sécurité)
Parenthèse fermée.
 
Bref…

 Il est donc impératif en inde d’oublier de faire un bilan rationnel de sa journée, fâcheuse manie que l’on a appris en France pour savoir si l’on peut être satisfait de sa journée ou pas. Ici, cela peut avoir de fâcheuses répercutions sur notre état mental au risque de se retrouver à Osho pour une cure intégrale... donc, il ne faut pas avoir une trop grosse ambition quant à l’occupation de ses journées. En d’autres termes, ne jamais prévoir plus de deux actions particulières. En effet,

Si vous projetez de faire quelque chose en inde, il faut, le premier jour, se renseigner sur la démarche à faire et, si possible, sur les horaires d’ouvertures ; le deuxième jour,  prendre connaissance du bureau en question et des documents nécessaires à votre requête, le troisième jour, apporter les documents manquants, afin de faire valider votre objectif la semaine suivante (il faut laisser le temps à la bureaucratie de faire son travail dans les normes indiennes).

Je peux vous donner un exemple concret :

Au bout d’un mois, j’ai appris qu’on pouvait se procurer une connection internet par wifi entre 18h et 10h sur le campus. (Le reste du temps, la ligne est réservée pour les ordinateurs de la fac). Après m’être renseigner auprès de divers personnes, et en essayant de faire le tri des bonnes et des mauvaises informations, je me suis rendu compte qu’il fallait faire plusieurs démarches. (On m’a dit que j’en aurais pour deux jours maximum). La première démarche consistait à aller sur un ordinateur dans mon département et faire une inscription sur le web site de l’université. Lorsque j’ai voulu la faire, panne de courant, ‘come tomorrow’. Ensuite, j’ai dû aller à un bureau uniquement ouvert entre 15h et 17h le vendredi. Après cela, il fallait que j’aille chercher une application form à un autre bâtiment situé à l’autre bout du campus (environ 3 km de marche pour y arriver: trop loin à pied, pas assez loin pour prendre un rickshaw). Deux fois de suite, le bureau était vide. ‘come tomorrow’. Après l’avoir obtenu, il faut aller la faire signer par la head of department, et obtenir un tampon de l’office. Enfin, il faut ensuite retourner à l’office, pour voir un certain Mr Ankush. J’essaye de l’appeler depuis deux semaines. Il m’a répondu hier qu’il ‘était mal’ (en français), et devait revenir à l’université dans quelques jours ‘call me later’…bref, pour l’instant, je n’ai toujours pas internet…

 

Pour les choses plus communes par exemple, prévoyez une bonne demi-heure pour faire 5 kilomètres en ville. Si vous attendez le bus, qui sera toujours débordant de passagers, il vous faudra courir ou attendre entre 15min et 2H30 (véridique pour l’avoir testé…).

 De plus, les repères en Europe disparaissent. Il n’existe pas vraiment d’heure de repas, les indiens ayant l’art du grignotage permanent. Et lorsqu’on veut sortir le soir, il est important de garder en tête qu’à 23H tout est fermé. Bref, en inde, j’apprends à savoir prendre mon temps, et rester le plus souvent flexible.
 
Par GautInde
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Vendredi 7 septembre 2007
International students hostel
 
A un kilomètre du « main building » de l’université, deux bâtiments sont consacrés aux logements des étudiants masculins. Le premier est constitué de petits bungalows à l’intérieur desquels s’entassent des indiens par dizaine. Le deuxième est immeuble possédant 95 chambres de 10 mêtres² chacune, réservé à la gente masculine internationale. On peut trouver ma chambre au troisième étage, porte 25.
Pour accéder à ma porte, il fait passer par les couloirs aux couleurs jaunes qui entourent la cour. Entre les piliers sont suspendus les habits traditionnels bhoutanais ou népalais, fait de longs tissus orange et rouge.
Au troisième étage, ma chambre est la première en partant vers la gauche, juste avant celle d’un iranien, puis de deux vietnamiens, d’un français, d’un espagnol et enfin de trois thaïlandais. Je suis logé à la même enseigne que tout le monde : une chambre composé d’un vrai lit, d’une armoire, d’une étagère et d’un minuscule bureau. Elle possède aussi ces propres caractéristiques : la moustiquaire faite d’un vieux torchon scotché à la fenètre, les murs éclaboussés de vielles tâches marrons, ou encore le carrelage portant les traces des anciens locataires.
J’emprunte également tous les jours les pièces communes de notre palier : la salle de bain avec ses toilettes turcs et ses ‘douches indiennes’ (un robinet d’eau froide et d’eau tiède), une  minuscule cuisine avec un évier en pierre et un réfrigérateur (à l’intérieur duquel l’anarchie alimentaire à pris le dessus sur le rangement organisé), et une salle TV, où des moines bouddhistes viennent quotidiennement vibrer pour le championnat de football anglais.
Tous les matins à 8H30, Tata vient me livrer mon journal que j’ai pris l’habitude de lire sur le toit avec mon café. Quelques instants auparavant, un autre homme vient proposer ces services pour le linge. (10 roupies le pantalon, 20 roupies la chemise, et 15 le caleçon.) Le soir, toutes les chaussures sont devant les portes restées ouvertes. On aperçoit alors les représentants des différentes nationalités manger assis sur des nattes posées à même le sol.
Tel est mon premier vrai logement en inde, où j’ai parfois l’impression d’apprendre plus sur l’Asie entière que sur l’inde en particulier. vraiment interessante, cette rencontre de culture…
 
 
Par GautInde
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Vendredi 31 août 2007

 

 
Voilà maintenant deux semaines que je suis en inde (urbaine). Le dépaysement est total, et l’adaptation pas toujours facile. Mes sens sont éveillés de façon permanente, mais mon cerveau n arrive pas toujours à décrypter  toutes les informations.
 
 
Mes yeux ne savent plus sur quoi se poser. Les rues sont toujours pleines d’hommes et de femmes qui voguent à leur occupation, au rythme indien. Les rickshaws, toujours soif d’extras, les marchands de fruits et légumes poussant leur charrette tout les matins, les étudiants allant à la fac, le plus souvent en moto, les enfants de misères en train de faire la manche, les gardiens restant à leurs postes toute la journée depuis plusieurs années, les agents de circulations qui tentent de donner un sens à la circulation, les shidus bénissant les maisons, les cireurs de chaussures, les masseurs en quête de corps un peu tendu, les nettoyeurs d’oreilles cherchant la propreté intérieure… Mais le spectacle ici est bien le passage d’un occidental. On se sent observé en permanence, comme un animal sorti tout droit des séries américaines, que les indiens regardent devant leur écran de télévision.
 
En inde, tout à une odeur. Les épices ou les légumes chez l’épicier, l’encens dans le rickshaw le matin, la benne à ordure commune à toute une rue, les toilettes qui sentent à l’autre bout du couloir, la végétation tropicale, les gaz des pots d’échappements, la lourde humidité…mon nez est convoité par toutes ces nouveautés plus ou moins forte et agréable.
 
En ce qui concerne mon univers sonore, il est en majoritairement constitué de bruits de klaxon. En effet, en Inde, le klaxon est multi fonction. Il remplace les phares, le clignotant, le rétroviseur, et l’agent de circulation. Certains conducteurs de taxi à Mumbai ont quasiment toujours la main posée dessus. On s’y habitue assez rapidement, mais c’est assez déconcertant les premiers jours . il faut donc essayer de depasser ce fond sonore afin de tenter le decrypter les differents langages prononces en Marathi, Hindi, ou anglais.

              Quant au goût, il reste très épicé. La nourriture indienne est vraiment particulière, mais je dois avouer que ces spécialités sont pour l’instant plus gastriques que culinaires…que se soient des lentilles, du riz, c’est avant tout du piment ou du curry. Il n’y a pas vraiment beaucoup de légume, et la viande se limite au poulet, ou, de temps en temps, au mouton. Cependant, les mangues, goyaves, et autres fruits se trouvent facilement. 
 
 
 
Il est donc pour l’instant assez difficile de tout comprendre. Il y a également de nombreuses habitudes à prendre, d’autres à perdre, pour s’adapter à la vie indienne. La douche à l’eau froide tous les matins à l’aide d’un petit seau, les toilettes turcs à la fac et dans la plupart des bâtiments, l’épaisseur des matelas, surtout lorsqu’ils sont à même le sol, les billets pleins les poches, le climat, très lourd et très humide, l’hygiène, qui est tout de même assez limité…
Mais le plus difficile les premiers jours est de comprendre le système administratif, ou plutôt de comprendre qu’il y a rien à comprendre. Il n’y a pas de règles générales, si ce n’est qu’ils adorent les papiers, les signatures, les contres signatures, ou les tampons. L’administration est considérée ici comme un contre pouvoir, limitant les « possibles » abus du politique. On ne peut rien faire en face d’eux, seul le bakchich permet de débloquer certaines situations.
 
Bref, l’inde est un pays incompréhensible les premiers jours. Il me reste tout à apprendre, et une année paraît ne pas suffire. Mais je suis persuade aue je vais me plaire ici. 
Par GautInde
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Vendredi 31 août 2007

les Rickshaws

Vous savez, ces petits véhicules à trois roues qui font le charme des photos indiennes. Tous touristes, ou plutôt « traveller », (pour les plus susceptibles), ont hâte d’essayer un jour ces jolies voitures noires et jaunes afin de goûter à la vie indienne.
Maintenant, laissez-moi le plaisir de vous faire partager mes trajets journaliers.
 
Il est 8 heures du matin, je sors dans la rue la tête dans les fesses, avec le goût du nescafé dans la bouche. J’arrête le premier rickshaw. Je prends mon air le plus serein, histoire de lui faire savoir que je connais le chemin et le prix de la course, et je lui indique ma direction. Il réfléchit. Je rajoute « with meter ! » (Accent parfait, évidemment), afin qu’il n’oublie pas de mettre le compteur (auquel cas, c’est à lui de déterminer le prix).
Il me dit clairement non, et s’en va. J’en conclue que la tête des étrangers (mâle) ne lui revient pas ou que la distance est trop longue pour lui. (Le conducteur est sympa, mais il ne faut pas abuser de sa bonté. Ce n’est pas un métier facile). Premier échec, ‘au suivant’
Le suivant me fait un petit signe de la tête qui ne veut rien dire en langage occidental (entre le ‘oui’, le ‘bof’ et le ‘pas de trop’), mais me dit qu’il veut vingt roupies d’extra. Il m’explique que c’est à cause du temps, car il va bientôt pleuvoir. Et puis il m’explique qu’il n’a pas grand-chose à manger, et qu’il faut qu’il nourrisse toute sa famille. (dans d’autres circonstances, il peut y avoir beaucoup d’extra : pour les bagages, pour le chemin du retour, pour le trop grand nombre de personne). Au bout d’une semaine, vingt extras sur chaque trajet, ça commence à faire beaucoup. Echec, au suivant…
Enfin, après quelques autres tentatives, un conducteur à l’extrême amabilité de m’emmener, afin de faire son métier.
Ouf !! Un sentiment de satisfaction me parcourt le corps, (c’est y est, je suis considéré comme qql’un du quartier, je paye le même prix que les autres !!), suivant d’un petit remord (j’aurais pu accepter de payer un peu plus cher, je ne suis pas à 5 roupies près…).
 
Pendant tout ce temps, le rickshaw me fait faire un tour ‘gratuit’ de la ville (‘c’est pour le trafic !’), tourne une petite clef magique qui fait tourner le compteur anormalement vite. Mais je ne m’en aperçois pas, je suis trop occupé à profiter un maximum de mon intégration réussite. Je respire à plein poumon l’air frais des routes indiennes, facilité par la hauteur du véhicule. Je m’assoupis le temps d’un feu rouge, tout poétique…jusqu’à ce qu’un pot d’échappement de camion me réveille en m’envoyant ses substances non identifiables à quelques centimètres de mon nez…
 
 
Oui, c’est une intégration réussite, mais vivement que j’achète une moto…
Par GautInde
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Jeudi 23 août 2007
9/08/2007
Paris,
Aéroport Roissy
 
 
Ça y est, j’y suis, dans 10 heures je suis en Inde.
C’est étrange cette sensation : Ce voyage dont j’ai maintes fois imaginé, rêvé, parlé…  il n est plus qu` une image floue, un tableau impressionniste aux couleurs vives. Toutes les pensées que j’ai eu en tête durant l’année, tous ces textes avec qui j’avais l’impression de savoir un peu où j’allais…, tout cela disparaît.
Aujourd’hui, dans ce hall d’embarquement, je suis un peu perdu, comme si j’avais appuyé sur le bouton reset.
Je vais vivre un an en Inde.
 
Et pourtant,
·        Il y a six semaines, j’étais sur mon lit d’hopital, avec deux tuyaux qui reliaient mon corps à une pompe à air. Une petite colonie de bactérie occupée mon poumon en rongeant mon energie 
·        Il y a un mois, j’ai dû annuler mon départ alors que mon chirurgien m’avait donné son accord pour que je parte.
·        Il y a trois semaines, j’étais encore « blanc comme un cul », ressemblant plus à un « papy de 65 ans» qu’à un ‘jeune’ homme de vingt ans.
·        Aujourd’hui, je pars avec un petit ventre, réussite d’un engraissement acharné,
 
Aujourd’hui je pars… Je m’étais tellement préparé au pire que j’ai encore du mal en admettre la réalité.
Et cette réalité je la dois principalement à ma famille (parents, frères, tante, grands parents…) qui ont absolument tout fait pour m’aider. Grand Merci.
 
Maintenant, la meilleure façon de rendre tout cela, c’est de profiter un maximum de ce voyage. Vous trouverez sur ce blog quelques instants, quelques pensées, quelques images de ce voyage que j’avais envie de partager. Mais un partage se fait généralement dans les deux sens, alors n’hésitez pas à rendre cette page interactive !
 
 
 
Par GautInde
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